Journalistes honoraires

18.03.2024

Voir cet article dans une autre langue
  • 한국어
  • English
  • 日本語
  • 中文
  • العربية
  • Español
  • Français
  • Deutsch
  • Pусский
  • Tiếng Việt
  • Indonesian
Conférence de sortie de la version coréenne de Promenades dans la littérature coréenne, chez l'éditeur Moonji, décembre 2023.

Conférence de sortie de la version coréenne de Promenades dans la littérature coréenne, chez l'éditeur Moonji, décembre 2023.



Par la journaliste honoraire de Korea.net Danielle Tartaruga de France, photos Decrescenzo Éditeurs

Danielle Tartaruga : Bonjour Jean-Claude De Crescenzo, pourriez-vous vous présenter et nous rappeler l’histoire de Decrescenzo Éditeurs ?

Jean-Claude De Crescenzo : J’ai fondé les Études coréennes à l’université Aix-Marseille en 2003 et depuis cette date jusqu’à 2018, je me suis consacré à l’enseignement et à la recherche en littérature coréenne. Et comme je suis un chaud partisan des rapports université/société civile, j’ai créé la revue de littérature Keulmadang, sur Internet et en format papier en librairie, avec un groupe d’étudiants.

Nous avons créé cette maison d’édition avec Franck, mon fils, et Hye-gyeong, ma femme, fin 2011. Le but était de donner à lire tous les genres et toutes les générations d’écrivains coréens. Nous avons particulièrement insisté sur les jeunes auteurs qui n’avaient jusqu’ici jamais été publiés. C’est ainsi que nos avons lancé des auteures comme Kim Ae-ran, Pyun Hye-young, Jeong You-jeong, qui sont devenus entretemps des auteures à succès. Et depuis 12 ans, nous continuons le même travail, en lançant des auteures comme Lee Do-woo et ses Clémentines grillées. Ou encore Kim Cho-yeop, Kim Soom, Lee Ki-ho, etc.

Désormais libéré des charges d’enseignement à l’université, je me consacre à mes ouvrages, à mes conférences et à la recherche littéraire.

L’actualité littéraire aux Decrescenzo Éditeurs est particulièrement riche en ce moment, pourriez-vous nous en parler ?

Decrescenzo Éditeurs est dirigée aujourd’hui par Franck de Crescenzo et je crois savoir que les projets ne manquent pas, puisqu’il va lancer deux nouvelles auteures à succès à la rentrée, il publie en ce moment deux polars dont un Chang Kang-myoung, un recueil de poésie, un roman de science-fiction, un Young adult, etc. Il ne chôme pas. Vous trouverez toutes ces nouveautés sur notre site ou sur Instagram. Nous venons de publier aussi le numéro 6 de la revue Keulmadang en librairie, consacré aux femmes et à la littérature féminine de Corée et ce numéro connaît un succès d’estime.

Le n° 6 de Keulmadang consacré aux femmes et à la littérature féminine de Corée du sud, janvier 2024

Le n° 6 de Keulmadang consacré aux femmes et à la littérature féminine de Corée du sud, janvier 2024


Vous venez de publier personnellement deux nouveaux ouvrages. Donnez-nous envie de les lire…

Le premier ouvrage a été inspiré par la pandémie. Habitant à la campagne j’ai eu la chance de ne pas être confiné et au cours de longues promenades dans la forêt, j’en ai profité pour refaire mentalement une promenade dans la littérature coréenne. J’ai essayé de montrer que cette pandémie et ses synonymes avaient été abordés par les romanciers coréens au travers d’ouvrages dystopiques. Et corolaire de ces ouvrages, j’ai tenté d’analyser d’autres textes plus portés vers l’espoir. C’est ainsi que je passe en revue des romans de Lee Seung-u, de Hwang Sok-yong, de Yi In-seong, de Eun Hee-kyung et des textes des jeunes auteures notamment. Et pour illustrer la nécessité d’un « monde d’après » la pandémie j’ai choisi un texte de Jean Giono, Les vraies richesses. Et puis comme j’ai la chance de fréquenter très souvent les écrivains coréens, j’ai entrecoupé « le monde d’avant » et « le monde d’après » par des anecdotes vécues avec eux, certaines très amusantes. Avec ce livre, les lecteurs peuvent avoir une large vision de la littérature coréenne contemporaine, les thèmes abordés, les angoisses et les espoirs du moment… (Promenades dans la littérature coréenne, novembre 2023, Decrescenzo Éditeurs)

Couvertures de « Promenades dans la littérature coréenne » et de « Carnet d’un voyage qui n’a pas eu lieu », de Jean-Claude de Crescenzo.

Couvertures de « Promenades dans la littérature coréenne » et de « Carnet d’un voyage qui n’a pas eu lieu », de Jean-Claude de Crescenzo.


Le deuxième ouvrage est un livre de photographies commentées sur la Corée qui est en train de disparaître. La Corée des années 80-90 disparaît lentement et si cette disparition est souvent justifiée, disparaissent aussi des lieux d’intense socialité, des lieux où les Coréens avaient encore le temps de s’arrêter dans une ruelle, de parler, de chanter, de vivre. La vie coréenne est trépidante, mais elle n’a pas toujours été comme ça. Et si je ne suis pas contre la disparition, je ne veux pas oublier. Je ne veux rien oublier de ce qui fût un pan de notre vie. J’ai choisi des photos de Kim Ki-chan, l’un des plus grands photographes coréens qui arpenta Séoul et saisit ce qui était en train de disparaître. Il photographia essentiellement les gens, les enfants joueurs, les habitants allongés à même le sol, des discussions impromptues, une grand-mère qui baille, une agence immobilière à deux doigts de s’écrouler. Puis des photos de l’écrivain Cho Se-hui. Peu de gens savent qu’il a eu une très belle activité photographique, notamment en se consacrant aux oubliés de la modernisation (on se souvient de La petite balle lancée par un Nain). Chacune de ses photos arrache des larmes. C’est avec une grande émotion que j’ai pu écrire à partir de ces clichés. Et puis il y a aussi d’autres photographes, notamment un ami habitant le Jeolla qui photographie depuis 40 ans chaque jour les moindres recoins de sa région, les gens surtout. Il est la mémoire contemporaine de la région. Ce sont des textes que j’ai voulu le plus près possible du sentiment poétique, parce qu’il y a une certaine poésie dans ce qui disparaît, pour peu que l’on regarde ce qui s’enfuit… (Carnet d’un voyage qui n’a pas eu lieu, Decrescenzo Éditeurs, 2024)

La littérature coréenne retient de plus en plus l’attention des libraires en France et dans les pays francophones, comment expliquez-vous son développement actuel ?

La mode tourne, c’est l’heure de la Corée. C’est le résultat d’un très habile soft-power entrepris dès 1990, avec une montée en puissance dans les années 2000. Mais le succès est relatif. Un ou deux titres ont eu du succès mais dans l’ensemble les ventes sont approximativement les mêmes que par le passé. Certains des auteurs publiés décrivent aussi l’air de notre temps qui n’est pas très joyeux, il faut bien le reconnaitre. Et puis il y a aussi peut-être le résultat de notre travail consacré depuis 12 ans à la seule littérature coréenne. Avec la revue Keulmadang.com vous avez la possibilité de découvrir (presque) toutes les nouveautés coréennes.

Quelles sont les genres qui intéressent le plus les lecteurs actuellement ? La poésie commence-t-elle également à émerger ?

On peut citer le polar, la romance et la science-fiction commence à percer.

La poésie coréenne en France ne peut pas se porter mieux que se porte la poésie française, toujours en souffrance. A la différence de la poésie coréenne en Corée qui est toujours en pleine vigueur, avec des tirages à faire pâlir un best-seller français. C’est absolument incroyable.

En France, heureusement, nous avons les éditions Doucey et Circé qui publient régulièrement des poètes coréens et puis nous, plus modestement. J’aimerais aussi citer Sombre Rets, dont on attend avec impatience que cette maison d’édition marseillaise reprenne ses publications poétiques.

Lors de notre dernière rencontre, vous aviez accueilli une délégation coréenne de poètes venus échanger avec les poètes français et les étudiants de la section coréenne, de nouveaux projets communs sont-ils prévus ?

Nous poursuivons nos contacts. J’ai donné récemment un long entretien en Corée organisé par la revue de poésie et nous allons publier dans un mois le poète Do Jong-hwan, Nulle fleur n’éclot sans trembler, un succès absolument énorme en Corée avec près de 100 000 exemplaires vendus. Dans la revue Keulmadang, nous allons commencer une série de portraits de poètes. Il n’y a pas de plus grande priorité aujourd’hui que de faire vivre la poésie.

Jean-Claude de Crescenzo récipiendaire du 14e prix littéraire de Changwon , République de Corée, octobre 2023.

Jean-Claude de Crescenzo récipiendaire du 14e prix littéraire de Changwon, octobre 2023.


Avez-vous d’autres livres ou projets en cours dont vous souhaiteriez nous parler ?

Je viens de terminer un livre de nouveau consacré à l’écrivain Lee Seung-u mais que je ne publierai qu’en Corée car il aborde toute la production de cet auteur qui n’est hélas pas publiée en France. J’ai aussi achevé un livre d’étonnement coréens, qui devrait paraître début 2025, et qui tente de dépasser la surprise lorsque nous sommes à l’étranger pour mieux « s’étonner », autrement dit mieux philosopher. Et puis deux autres surprises, bien trop fraîches pour être dévoilées. Pour la maison d’édition, Franck va publier un essai majeur sur BTS, deux écrivaines, adaptées en drama et en film, un livre de sentences bouddhistes, et un premier roman français consacré à la Corée De quel nuage tombe la pluie, de Marion Gary.

Merci Jean-Claude De Crescenzo et nous souhaitons beaucoup de succès à ces deux ouvrages, ainsi qu’à vos nouveaux projets ! J’espère que les lecteurs de Korea.net auront envie de faire des Promenades dans la littérature coréenne, nous les y encourageons !

Le 6 décembre 2023, le Literature Translation Institute of Korea a remis le Grand Prix de la traduction à Jean-Claude De Crescenzo (pour l’excellente traduction du roman « Voyage à Cantant » de Lee Seung-U) ainsi qu’à son épouse Kim Hye-gyeong, enseignante-chercheuse à l'université d'Aix-Marseille, cette dernière s’étant déjà vue remettre en février 2023 une très belle distinction, puisqu’elle a reçu la médaille de l’Ordre National du mérite civil. C’est dire si ce binôme aussi attachant que passionné mérite toute notre attention !

Ensemble, ils ont été précurseurs et leurs passions pour la littérature et la poésie coréennes sont toujours aussi fortes après plusieurs décennies ! Toujours aussi enthousiastes pour transmettre et partager leurs connaissances, nous les en remercions chaleureusement.


Interview réalisée le 8 mars 2024.

Informations complémentaires

Retrouvez Jean-Claude de Crescenzo sur ses comptes Facebook et Instagram ainsi que l'actualité de la revue Keulmadang sur son site Internet.


* Cet article a été rédigé par une journaliste honoraire de Korea.net. Présents partout à travers le monde, nos journalistes honoraires partagent leur passion de la Corée à travers Korea.net.

caudouin@korea.kr