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16.12.2025

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Vincent Ahn compose ses chansons et écrit sa musique. © Inma Tortugaveloz

Vincent Ahn compose ses chansons et écrit sa musique. © Inma Tortugaveloz



Par Nathalie Fisz

« Y parait qu’y a qu’les grands qui ont l’droit de s’faire des bisous. Parce que les bisous des enfants y veulent rien dire du tout. Comme s’il y avait un âge pour se faire des aveux. Pourtant, je me souviens, il y a peu… »

Ces tendres paroles sont celles du « Banc des amoureux », chanson de Vincent Ahn.

Le 9 mars dernier, Racines coréennes nous invitait au spectacle Busan/Paris, à Paris. Lee Jaedong, Président de l’association avait suggéré de nous munir de mouchoirs. Le spectacle raconte l’histoire d’un enfant adopté qui n’est autre que Vincent Ahn.

Comment un petit garçon trouvé dans les rues de Busan puis adopté en France en est-il arrivé à devenir artiste et à affronter ses peurs ? Loin d’être seulement mélancolique, il sait masquer ses blessures grâce à son sens de l’humour. Sa communication mérite qu’on s’y intéresse.

Vincent Ahn est un artiste singulier. Il a accordé une interview à la télévision coréenne, et nourrit le rêve de présenter son spectacle dans son pays d’origine.

Partons à sa rencontre !

Il était une fois, un petit garçon de Busan adopté en France

Vincent ne connaît ni ses parents biologiques, ni sa date de naissance, ni son nom. Retrouvé dans les rues de Busan, il a été amené au poste de police, puis remis à un orphelinat. Avec son numéro de dossier, il est arrivé en France en 1982.

Il a vécu dans une petite ville de l’Essonne et était un enfant solitaire aimant la nature. Sur cette courte période en Corée, il chante. « Je ne me souviens plus des rues de Busan. J’étais tout petit quand je me suis fait la malle. Je ne me souviens plus ni des hommes ni des femmes ». Aujourd’hui, il redevient Ahn Dae-kyung.

Son parcours artistique et ses chansons

Vincent Ahn écoute des artistes comme Bob Dylan, Raphaël, Renaud et Michel Berger. Il se fait remarquer dans un karaoké. En 2013, il remporte le tremplin musical Zeconcours.tv. Il commence le piano, écrit et compose ses chansons et écume les petites salles parisiennes. Il remporte un prix au festival de la chanson francophone Kreatika, et rencontre des figures de la scène musicale.

Il a une cinquantaine de chansons à son répertoire avec des thèmes comme l’enfance, les relations humaines, l’écologie. Il peut aussi parler des légendes du Roi Arthur et des contes de fées. « La danse des grues » est sa première chanson écrite à l’automne 2014. « Mais si si si, si tu me tances tu me tues et dans la danse des grues, mon cœur ne grandit plus ».

A compter de 2018, il fait une pause dans le paysage musical pour mieux revenir. Il révèle son amour pour la performance live avec son spectacle Busan/Paris.

Les affiches du spectacle Busan/Paris, le spectacle qui raconte l'histoire de Vincent Ahn. © Vincent Ahn

Les affiches du spectacle Busan/Paris, le spectacle qui raconte l'histoire de Vincent Ahn. © Vincent Ahn


Busan/Paris, l’histoire d’un enfant adopté de Corée

Vincent Ahn a sans doute passé un cap dans son cheminement personnel et composé de onze magnifiques chansons : Busan/Paris, Vous reverrai-je un jour ?,Maman, je veux un bébé, Je dois partir, Me voilà, Les gens qui brillent, On se ressemble, Les bras bonbon, Les ondes positives et La danse des grues. J’ai été touchée par Les bras bonbon car Vincent Ahn a tant pensé à ses parents. « Y a pas d’endroit qui protège mieux du vent que les bras papillotes d’un papa, d’une maman ».

Des représentations en 2025

Vincent Ahn était au Printemps coréen et au Village international de la gastronomie où il a joué et chanté en coréen. Il a donné des concerts, au Connétable, au Scenobar, à l’atelier du Trou noir ou à la Trockette.

Les chers, les « dears » de Vincent Ahn

Vincent Ahn commence souvent ses publications par un chaleureux « mes chers », « my dears ». À défaut de famille biologique, il est entouré de sa famille adoptive et de proches, artistes ou non.

Il mentionne Cindy et Sébastien du groupe Ladylike Dragons, Martine et Marc Havet, Éric Dupré dit « Mon Éléphant », Jean-Pierre Hatchondo, Jean-Phi Courtois allias Renobert, Yolande Pose Combaropoulos (Yo de Sÿve), Sabine Drabowitch, Clémentine Stepanoff, Christelle Meyer, Jann Halexander, Michèle Barbier, etc.

Il n’oublie pas Racines coréennes, dont Lila, la fille de Céline Ristors, qui a fait un dessin pour Busan/Paris, ni Carole-Anne, qui l’a invité au Printemps coréen, ni Sojeong Shim, ni A Jung Lim, qui l’a invité au Festival de la gastronomie, ni Hana Kang, qui l’a accompagné dans la recherche de ses racines, ni Véronique.

Il n'oublie pas non plus Angy et Fatiha Sarah, qui ont imaginé une communication pour le moins originale. Vincent Ahn aime particulièrement aller chercher des champignons dans les bois. Il dit ne pas être un professionnel de la communication. Angy et Fatiha Sarah ont imaginé une communication faisant le lien entre son univers artistique, son amour de la nature et des champignons. Chaque épisode de « La champicom » est toujours attendu avec impatience.

Et vous, allez-vous oser ?

Vincent Ahn a épinglé sur Facebook sa devise « Et vous allez-vous oser ? ». C’est la question qu’aimait lui répéter son amie Yolande Pose Combaropoulos. Il parle aussi de la première fois où il a poussé la porte du Scenobar, de son interview pour YTN et de son passage à la télévision coréenne.

Il en a fallu du courage au petit garçon de Busan devenu papa aujourd’hui.

Un moment avec Vincent

Nathalie Fisz : Quelles sont les circonstances dans lesquelles tu as été retrouvé ?

Vincent Ahn : Je n'ai aucune information sur ma vie d’avant, date de naissance, ni lieu, ni nom ou prénom. J'ai été trouvé à la gare de Busan, c'est tout ce que je sais.

Par qui as-tu été recueilli ?

Des passants m'ont conduit au poste de police de Yukyun à Busan. Puis j'ai intégré un orphelinat du Holt Children Service.

Combien de temps es-tu resté en Corée ?

J'ai été adopté officiellement à l’âge de dix sept mois. Je ne sais pas exactement puisque je ne connais pas ma date de naissance.

Quel organisme t’a envoyé en France ?

Je suis arrivé en France un 12 novembre à Roissy. C'était ma première rencontre avec mes parents adoptifs à dix-sept mois. Ma famille adoptive est domiciliée dans l'Essonne, où elle vit toujours. L'organisme qui m'a fait venir est « les Amis des enfants du Monde ».

Quels sont tes bons souvenirs d’enfance ?

Mes meilleurs souvenirs sont ceux que je passais dans la nature. Enfant solitaire, j'ai eu la chance de grandir à la campagne et j'ai adoré ces moments passés au bord de l'étang devant la maison, dans la forêt juste à côté ou au bord des chemins qui traversaient les champs derrière chez moi. Un arbre est devenu mon ami.

As-tu fait des démarches pour retrouver ta famille biologique ?

J’ai toujours pensé à ma famille d'origine. Surtout à ma mère. Petit, je me souviens très bien avoir imaginé souvent qu’elle viendrait me chercher. Je n'ai entrepris des démarches que récemment. J'ai écrit le spectacle musical Busan/Paris qui raconte mon histoire avec l’envie, le besoin même, de savoir. Avant je pense que j'avais juste peur de me confronter à tout cela.

Quand es-tu entré dans le milieu artistique ?

Mes parents ne sont pas musiciens. Enfant, j’ai fait un peu de violoncelle et de clavier. J'ai vraiment commencé le piano il y a une dizaine d'années lorsque je me suis mis à écrire des chansons. Il y a un peu plus de dix ans, à l'anniversaire d'une amie, j'ai chanté My way. Une personne m’a convié à faire un essai dans sa chorale. Moins d'un an plus tard, je donnais mon premier concert à Paris, au Magique. J'ai fait partie des lauréats d’un tremplin musical sur Paris qui m’avait donné l’élan pour monter sur scène avec mes chansons.

Quand as-tu commencé l’écriture de Busan/Paris ?

Je cherchais un projet musical pour enrichir mon activité d'artiste. J'avais d'abord pensé à un spectacle sur la notion de famille. Petit à petit tout s'est redirigé vers mon histoire. Le spectacle est devenu un spectacle sur l'adoption dans le monde, puis sur les enfants adoptés en France, puis sur les orphelins de Corée. Je me suis rendu compte que c'était mon histoire qu'il fallait que je raconte. Christelle Meyer m'a ouvert les portes de son Scenobar et j'ai monté le spectacle. Écrire les chansons et les textes s’est fait d’une traite, comme une évidence. A côté, j'ai écrit des dizaines de chansons. À part une sur ma mamie, aucune ne parle de moi personnellement. Busan/Paris c'est tout l’inverse.

Quand as-tu fait la connaissance de Yolande Pose Combaropoulos, Sabine Drabowitch et Clémentine Stepanoff ?

Yolande Combaropoulos a changé ma vie pour toujours. Professeure de chant, elle m'a dit d’écrire une chanson comme un exercice. J'ai écrit La danse des grues qui est le thème musical du spectacle Busan/Paris. Je suis très fier qu'elle m'ait donné envie d'écrire des chansons.

J’ai rencontré Sabine Drabowitch il y a deux ans. C'est une artiste que j'adore et ses chansons sont magnifiques. L’intérieur des bêtes de son album Bruit Blanc est le générique de fin de Busan/Paris. Si elle m’avait dit non, il n'y aurait pas de narration.

J’ai rencontré Clémentine Stepanoff début 2025. Je voulais enrichir Busan/Paris avec du théâtre d’ombres. Les personnages de l’affiche étaient déjà représentés par des ombres. Lorsque j'ai découvert le travail de Clémentine c'était exactement comme je l'avais imaginé. Je lui ai proposé de faire des scènes pour le spectacle. Si elle avait refusé, il n’y aurait pas eu d'ombres. C’est une personne humainement formidable.

Vincent Ahn invité par son amie A Jung LIm au festival international de la gastronomie à Paris en septembre 2025. © Fatiha Sarah

Vincent Ahn invité par son amie A Jung LIm au festival international de la gastronomie à Paris en septembre 2025. © Fatiha Sarah


Quand as-tu fait la connaissance de A Jung LIm et de Hana Kang ?

J’ai rencontré A Jung Lim dans son restaurant Kimchi Street. J’ai découvert qu’elle adorait la musique et nous avons collaboré sur des événements à son restaurant, et dans Paris. Hana Kang est la journaliste de la chaîne de télévision coréenne YPN venue faire un reportage sur mon spectacle qui a été diffusé en Corée. Suite à la diffusion du reportage, une famille coréenne s'est manifestée en pensant m’avoir reconnu. Hana a joué les intermédiaires de façon très délicate et pudique.

Comment aimes-tu passer ton temps libre ?

J’adore le dessin, les portraits noir et blanc, dessiner les fleurs et les oiseaux. Et sinon bien sûr la nature. J'y passe beaucoup de temps. Ramasser des champignons, des châtaignes, la pêche à pied, chercher des minéraux, les arbres, les plantes, les fleurs. J'ai plein d’animaux. A leurs côtés ou dans la forêt, je me sens bien mieux que dans plein d'autres endroits. J'adore les légendes arthuriennes, la forêt de Brocéliande, la lecture, l'écriture, l’origami, le codage, la cuisine, l'astronomie, l'archéologie, la mythologie... toutes ces choses pourraient me prendre une vie.

Aimerais-tu jouer ton spectacle en Corée ?

C’est un rêve. Le jouer à Séoul et surtout à Busan. Aller raconter mon histoire sur mes terres. Là d’où je viens. Je fais tout pour que ce rêve se réalise un jour.

Un dernier mot ?

Je ne suis pas un artiste adepte de la lumière mais j'ai eu plaisir à répondre à toutes les questions. J'espère jouer mon spectacle et le partager au plus grand nombre. notamment aux adoptés de Corée et d'ailleurs. C'est ma façon à moi de guérir de mon adoption qui fut un traumatisme. Se retrouver au bout du monde comme ça, si petit, sans aucune information. Mais j'ai vécu ici en France des choses incroyables et rencontré des gens extraordinaires. La Corée est en moi de toute façon. Ni les gens qui m’ont fait la quitter ni moi-même ne peuvent y faire quoi que ce soit. Merci, gamsahamnida !

Quelques mots encore

« Ce qui m'a le plus marqué chez Sabine, c'est sa douceur et sa voix lorsqu'elle parle. Une vraie voix de conteuse », dit-il à propos de son amie Sabine Drabowitch. Lorsque l’on rencontre Vincent Ahn, nous sommes emportés par le timbre profond de sa voix et par la bienveillance avec laquelle il s’adresse à nous. Les fêtes de fin d'année sont propices aux rêves. Il nous reste à lui souhaiter de quitter les rues de Paris, pour jouer un jour ses chansons dans celles de Busan.

Vincent Ahn le petit garçon de Busan devenu papa, ici avec ses enfants à Noël 2024. © Vincent Ahn

Vincent Ahn le petit garçon de Busan devenu papa, ici avec ses enfants à Noël 2024. © Vincent Ahn


Retrouvez l'actualité de Vincent Ahn sur son compte Instagram.


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