Journalistes honoraires

06.01.2026

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Par Justine Orcel

En Corée, le soju est bien plus qu’un simple spiritueux. Présent aussi bien lors des repas du quotidien que des grandes célébrations, il accompagne les relations humaines, les gestes de respect et les moments de partage. Derrière sa transparence et sa simplicité, le soju porte en lui des siècles d’histoire, de traditions et d’adaptations, profondément ancrés dans la culture coréenne.

Boisson nationale par excellence, il raconte à la fois l’évolution d’un pays et la constance de ses valeurs. Aujourd’hui, cet héritage dépasse les frontières de la péninsule et trouve un nouvel écho en France, à travers une réinterprétation respectueuse du soju traditionnel. Une rencontre entre deux savoir-faire, deux cultures, et une même volonté de transmission.

Une boisson venue d’ailleurs, devenue symbole coréen

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le soju n’est pas né en Corée. Son histoire remonte au XIIIe siècle, à l’époque des invasions mongoles. Les envahisseurs introduisent alors dans la péninsule coréenne les techniques de distillation qu’ils avaient eux-mêmes découvertes au Moyen-Orient. À Kaesong, ancienne capitale de la dynastie Goryeo, apparaissent les premières distilleries d’un alcool alors appelé « arak-ju », en référence à ses origines perses.

Ce n’est que plus tard que le terme « soju », soit « alcool brûlé » apparait. Peu à peu, cette boisson importée s’enracine dans la culture coréenne, jusqu’à en devenir l’un de ses symboles les plus forts.

L’histoire du soju connaît un tournant majeur en 1965, lorsque le gouvernement sud-coréen interdit l’utilisation du riz pour la production d’alcool en raison d’une grave pénurie alimentaire. Les producteurs se tournent alors vers d’autres matières premières comme la patate douce ou le tapioca. Cette contrainte transforme durablement le paysage du soju et contribue à l’émergence de nombreuses variations régionales.

Depuis la fin des années 1990, le riz a retrouvé sa place centrale dans la production, redonnant vie aux méthodes plus traditionnelles.

Un alcool, mais surtout un rituel

Le soju n’est pas seulement une boisson : c’est un rituel social. En Corée, on ne boit pas du soju comme on boirait un verre d’alcool ordinaire. Il y a des codes, des gestes, une chorégraphie presque invisible mais profondément ancrée. On ne se sert jamais soi-même. On tient le verre à deux mains pour servir un aîné. On tourne légèrement la tête pour boire en signe de respect. Avant de trinquer, on lance un enthousiaste « geonbae ».

Ces gestes, transmis de génération en génération, racontent une société fondée sur le respect, l’harmonie et le lien. Le soju accompagne les mariages comme les funérailles, les fêtes traditionnelles comme les soirées improvisées. Il est à la fois sérieux et léger, solennel et joyeux.

Avec son degré d’alcool généralement compris entre 16 % et 25 % pour les versions les plus courantes et bien plus élevé pour les sojus artisanaux premium, le soju est aussi un véritable caméléon. On le boit pur, mélangé à la bière dans le célèbre somaek, ou décliné en versions aromatisées qui séduisent les jeunes générations. Une simplicité trompeuse, qui cache une richesse culturelle étonnante.

Réinterpréter le soju sans le trahir : la naissance de la Maison Yaju

C’est dans cette continuité entre héritage et modernité qu’est née la Maison Yaju, fondée par Swati et Martin, avec l’ambition de créer un soju élaboré entièrement en France, sans perdre l’âme de cet alcool mythique.

Swati et Martin, fondateur de la maison Yaju. © Maison Yaju

Swati et Martin, fondateur de la maison Yaju. © Maison Yaju


L’idée est née d’une conviction forte : le soju correspond parfaitement aux attentes contemporaines. Un alcool simple, souvent élaboré à partir d’un seul ingrédient, avec un degré modéré, une grande polyvalence et une approche plus consciente de la consommation.
Autant de valeurs qui résonnent aujourd’hui chez les consommateurs français.

Plutôt que d’importer, la Maison Yaju a fait le choix d’un ancrage local fort, en utilisant un riz IGP de Camargue biologique, sourcé en France. Un ingrédient unique, pur, travaillé dans le respect de l’esprit des recettes coréennes traditionnelles. La variété choisie conserve sa coque, apportant rondeur et sucrosité naturelle, sans ajout de sucre, d’additifs ou d’édulcorants, à l’opposé des sojus industriels.

Quand le savoir-faire charentais rencontre l’héritage coréen

Adapter un alcool aussi emblématique n’a pas été simple. Trouver la bonne variété de riz, adapter les machines françaises peu habituées à cette céréale, ajuster les paramètres de fermentation : le développement de la recette a été jalonné d’essais, d’erreurs, et même de quelques casses techniques.

Pour la distillation, la Maison Yaju a choisi de rendre hommage à un autre patrimoine d’excellence : celui de la région de Cognac. L’utilisation d’un alambic charentais permet de créer une version française du soju, fidèle à ses racines mais affirmant une identité propre.

Plutôt que d’importer du nuruk coréen, l’équipe a opté pour des méthodes de fermentation locales, afin de conserver un produit pleinement enraciné dans son terroir.

La recette s’inspire directement des sojus coréens historiques, une utilisation exclusive du riz, distillation unique, tout en intégrant des adaptations assumées, dictées par le contexte français.

Une reconnaissance précieuse, venue de Corée

Tout au long de son élaboration, le soju de la Maison Yaju a été développé en collaboration avec une famille de distillateurs français, mais aussi soumis aux retours de chefs et de professionnels coréens des spiritueux. Un dialogue constant entre deux cultures.

Les réactions ont été à la hauteur de l’enjeu. Si les consommateurs français découvrent avec surprise la douceur et la richesse aromatique du produit, les retours coréens ont été particulièrement forts. « Je ne pensais pas que vous y arriveriez, mais votre soju me rappelle vraiment ceux que l’on fabriquait autrefois dans ma région. »

Un témoignage qui résume à lui seul l’esprit du projet : respecter la tradition sans la figer.

Bouteille de soju de la maison Yaju. © Maison Yaju

Bouteille de soju de la maison Yaju. © Maison Yaju


Le soju comme pont culturel

À travers son soju 100 % français, la Maison Yaju ne cherche pas seulement à créer un nouveau spiritueux, mais à bâtir un pont culturel entre la France et la Corée.

Alors que la culture coréenne rayonne aujourd’hui à travers la K-pop, les K-dramas ou le cinéma, le soju révèle une facette plus ancienne, plus intime et quotidienne de cette culture.

Car le soju, finalement, n’est pas qu’un alcool. C’est une mémoire liquide, une capsule temporelle qui continue de relier les générations et désormais, les cultures.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr