Par Nicole Bergeaud
Pour leur grand retour, RM, Jin, Suga, J-Hope, Jimin, V et Jungkook ont choisi de réaffirmer leur identité en mettant en avant des symboles profondément coréens. À l’heure où la K-pop tend à se lisser, avec des artistes chantant de plus en plus en anglais et adoptant des codes pensés pour le marché international, BTS fait un autre choix.
À contre-courant, le groupe montre qu’il n’est pas nécessaire d’effacer sa singularité culturelle pour toucher le monde entier.
BTS en hanbok pour la campagne officielle du gouvernement « Feel the Rhythm of Korea », en 2021. © Big Hit Music / Hybe
Le programme s’annonce ambitieux : un concert gratuit à Gwanghwamun, un projet urbain immersif, un nouvel album intitulé
Arirang, des concerts diffusés au cinéma, un documentaire sur Netflix, puis une tournée mondiale d’un an.
Un retour chargé de symboles au cœur de l’histoire royale
BTS devrait donc faire une entrée spectaculaire depuis les portes du palais, avant de rejoindre la scène placée sur la place Gwanghwamun. Treize membres de l’Arirang Traditional Korea Orchestra ainsi que 50 danseurs professionnels doivent les accompagner pour un spectacle qui s’annonce grandiose.
Le samedi 21 mars 2026 à 20h00, soit à midi, heure française, les sept membres retrouveront enfin leur public, que l’on imagine vêtus de tenues traditionnelles revisitées. L’événement sera très festif : de nombreuses Army ont annoncé vouloir assister au concert en hanbok, et une nouvelle Army Bomb a été dévoilée pour l’occasion par Weverse.
La porte Gwanghwamun de nuit. © Korea Tourism Organization
Une mise en scène spectaculaire portée par une signature mondiale
Le concert sera dirigé par Hamish Hamilton, réalisateur reconnu pour son travail sur les Super Bowl Halftime Shows, les Grammy Awards, les Oscars et de nombreuses grandes cérémonies internationales. Sa participation inscrit l’événement dans la lignée des grandes productions mondiales, une première à cette échelle pour Séoul et pour la Corée.
La presse coréenne évoque une production de très grande ampleur combinant vidéo monumentale, éclairages immersifs, effets visuels synchronisés et narration musicale, transformant l’espace urbain en scène à ciel ouvert jusqu'à la statue de l'Amiral Yi Sun-shin et au-delà...
« Arirang » : un album enraciné dans l’identité coréenne
La veille du concert, le 20 mars 2026, sortira
Arirang, cinquième album studio du groupe, et premier projet depuis la fin du service militaire de tous les membres. Ils se sont apparemment beaucoup impliqués dans les 14 titres, travaillant avec les plus grands et suscitant déjà une attente mondiale énorme avec plusieurs millions de pré-sauvegardes.
Le titre de l’album fait référence à la chanson
Arirang qui parle de séparation, de la douleur de l’attente, mais aussi de la persévérance et de la certitude de se retrouver un jour malgré les épreuves. Cette chanson traditionnelle est profondément ancrée dans l’histoire coréenne depuis plusieurs siècles et elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Pour BTS, ce choix prend une signification particulière. Elle renvoie à un retour aux racines coréennes, mais aussi à la fin de la période de séparation liée au service militaire. Le message adressé aux fans est clair : « Nous avons enduré. Vous nous avez manqué. Nous sommes de retour » . Un choix déjà largement validé par le public qui s’est réapproprié la chanson sur les réseaux sociaux, ainsi que la chorégraphie de de BTS en 2016.
Lors d’un entretien accordé à TMZ le 8 février 2026, le producteur américain Diplo (figure influente de la scène musicale mondiale ayant collaboré avec les plus grands comme Beyoncé ou Justin Bieber) a exprimé sa gratitude pour l’opportunité de travailler sur l’album
Arirang, la qualifiant de plus grand projet de sa carrière et potentiellement « l’album le plus fou » du groupe. « Ils sont tellement impliqués, tellement créatifs », a-t-il déclaré à propos de son expérience en studio avec eux, avant d’ajouter des éloges supplémentaires sur le plus jeune membre.« Je n’en reviens pas : Jung Kook, sans autotune, une voix parfaite. Ils sont drôles, ils rappent, ils savent tout faire ».
BTS en hanbok pour la série « Dalmajung Chuseok » en 2021. © Big Hit Music / Hybe
BTS et la fidélité à ses racines culturelles
Ce retour s’inscrit dans une continuité. BTS a déjà, à plusieurs reprises, intégré des références au patrimoine coréen dans son univers, notamment avec le projet
Dalmajung, inspiré de Chuseok.
Le clip
Idol intègre de nombreux éléments culturels tels que le Bukcheong Sajanoreum, une danse du lion coréenne. La chorégraphie du clip s’inspire également du Bongsan Talchum, un type de danse masquée dynamique dont les origines remontent à la période Joseon.
Lors des Melon Music Awards 2018, Jimin avait ouvert la cérémonie avec une chorégraphie mémorable inspirée du buchaechum, la danse traditionnelle à l’éventail, avant d'être rejoint sur scène par les autres membres. En 2019, il a même reçu un prix d’encouragement culturel de la Korean Fan Dance Preservation Association pour sa contribution à la promotion de la danse traditionnelle coréenne.
Jimin danse à l'éventail aux Melon Music Awards 2018. © Melon Music Awards 2018 / Hybe
Cette performance est souvent citée comme un exemple fort de réinterprétation contemporaine du patrimoine chorégraphique coréen dans la K-pop.
Et comment ne pas évoquer la magnifique performance de Suga (Agust D), dans le clip de
Daechwita, en 2020 qui fait référence au daechwita, un genre de musique coréenne traditionnelle joué lors des défilés royaux de la dynastie Joseon, principalement composé d’instruments à vent et à percussion. Le clip s’appuie sur un enregistrement traditionnel fourni par le National Gugak Center (institution nationale dédiée à la préservation et à la transmission du gugak, musique traditionnelle coréenne). Agust D y mêle le hip-hop avec tout son talent .
Agust D (Suga de BTS) dans le clip de son titre « Daechwita » tourné au palais Gyeongbokgung en 2020. © Big Hit Entertainment / Hybe
« BTS the City Arirang Seoul »
Du 2 mars au 12 avril, Séoul se transforme en expérience immersive mêlant musique, patrimoine et arts média. Installations urbaines, créations visuelles et contenus musicaux vont inviter habitants et visiteurs à redécouvrir la ville à travers l’univers de BTS.
Organisé avec le gouvernement métropolitain de Séoul, le projet rappelle les éditions BTS The City de Las Vegas et Busan en 2022, avec l’ambition de s’étendre à d’autres capitales à l’occasion de leur tournée mondiale.
Selon mes informations, la porte Sungnyemun et la N Seoul Tower seront illuminées le jour de la sortie de l’album. Au Yeouido Hangang Park, un espace lounge musical accueillera le public jusqu’au 22 mars. En avril, murs de pierre, escaliers et rues du centre-ville deviendront des galeries à ciel ouvert.
Affiches de BTS the City Arirang Seoul, du concert du 21 mars 2026 et des retransmissions des concerts à Goyang et Tokyo. © Weverse Big Hit Music / Hybe
Au-delà de l’événement artistique, d’importantes retombées économiques sont attendues pour le tourisme, l’hôtellerie et les commerces. Le projet est soutenu par le gouvernement, BTS étant devenu un symbole majeur du rayonnement culturel coréen à l’international.
Une tournée mondiale exceptionnelle
Du 9 avril 2026 au 14 mars 2027, ce sont 82 concerts qui seront organisés dans 34 villes et 23 pays. Du jamais vu, surtout que dès l’ouverture des ventes en ligne, tous les concerts ont affiché complet.
Au-delà de la performance, cette tournée confirme la capacité d’un groupe coréen à porter une production d’envergure mondiale comparable aux plus grands standards internationaux et renforce la position de la Corée comme acteur central du marché global du divertissement..
BTS devant le palais Gyeongbokgung en 2022. © Service du patrimoine coréen
Évidemment, tout cela ne s’est pas construit en un jour. C’est le fruit de plus de dix années de travail, de sacrifices, de détermination et de résilience. Chacun des membres possède un talent singulier qui, combiné à celui des autres, donne naissance à un groupe unique.
Il ne s’agit pas simplement d’un comeback, mais d’un moment charnière. Le retour de BTS dépasse le cadre artistique : il incarne une forme de maturité du soft power coréen , ne plus s’adapter au monde, mais inviter le monde à entrer dans son histoire.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.
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