Par Monia Maouche
Dans ces interviews exclusives, je vous propose de découvrir deux artistes dont le talent mérite une reconnaissance internationale. Suran, voix libre entre émotions et indépendance, et Namju, DJ au parcours instinctif et passionné, partagent leurs expériences, leurs inspirations et leur vision de la musique, offrant un regard unique sur leur style et leur univers artistique.
Suran. © Suran
Artiste singulière de la scène musicale coréenne, Suran s’est imposée au fil des années comme une voix incontournable, capable de naviguer avec finesse entre R&B, soul, pop, électronique et hip-hop. Chanteuse, autrice-compositrice et productrice, elle construit depuis plus d’une décennie un univers musical profondément émotionnel, marqué par une grande liberté artistique. Lors d’un entretien accordé à Korea.net en juillet dernier, Suran est revenue sur son parcours, ses collaborations marquantes et ses projets à venir.
Des débuts guidés par la passion
Avant de se lancer en solo en 2014, Suran a fait ses premiers pas dans l’industrie musicale au sein du duo Lodia. Issue d’une formation en informatique et en piano classique, elle n’envisageait pas initialement la musique comme une carrière évidente. Pourtant, le chant s’est rapidement imposé comme une nécessité.
« Quand j’ai commencé la musique, c’était simplement par amour pour le chant. Avec le temps, j’ai découvert mes propres couleurs, et exprimer mon histoire à travers la musique est devenu profondément significatif dans ma vie. »
Cette quête personnelle a façonné l’identité artistique de Suran, aujourd’hui reconnue pour sa sincérité et sa sensibilité. À l’avenir, elle souhaite continuer à explorer des émotions contrastées. « L’espoir et l’obscurité du parcours de vie, ainsi que les rêves qui persistent, les émotions ressenties à travers ces expériences. »
Un univers musical en constante évolution
Suran est connue pour sa capacité à mélanger les genres avec naturel. R&B et soul constituent la base de son univers, qu’elle enrichit d’éléments électroniques, hip-hop et pop. Une identité qu’elle préfère toutefois laisser parler d’elle-même. « Je pense que vous le ressentirez quand le nouvel album sortira ! »
Si son style a évolué depuis ses débuts, cette transformation s’inscrit dans un équilibre réfléchi. « Ces derniers temps, j’ai été influencée par un équilibre entre le retour à mes racines et l’intégration de nouveaux éléments. »
Collaborations marquantes
La carrière de Suran prend un tournant majeur en 2017 avec le titre
Wine, produit par Suga de BTS. Ce morceau devient un véritable point de bascule. « Cette chanson a été une porte d’entrée pour que ma voix atteigne un public plus large, et elle a influencé l’évolution et la construction de mon univers musical jusqu’à aujourd’hui. »
Depuis, Suran a multiplié les collaborations prestigieuses avec des artistes tels que Zico, Dean, Beenzino ou Hwasa. Une richesse artistique qu’elle aborde avec humilité. « Chaque collaboration est spéciale. Quand la connexion se fait au bon moment, la musique naît toujours de manière surprenante. »
Suran a également marqué les esprits à travers de nombreuses bandes originales de dramas coréens. Une expérience qu’elle décrit comme particulièrement immersive. « Travailler sur des OST, c’est comme tisser un nouveau récit. Cela me permet d’explorer des émotions inédites à chaque fois. Le fait que les gens se souviennent de scènes de dramas à travers ma voix est très significatif pour moi. »
Une relation naissante avec le public français
Écoutée bien au-delà des frontières coréennes, Suran nourrit un lien croissant avec son public international, notamment en France. Si elle reste prudente, l’envie est bien présente. « J’espère ressentir encore plus cette connexion à partir de maintenant. »
Pour découvrir son univers, elle recommande tout particulièrement l’album
Flyin’, et plus précisément le titre
Diamonds Sunny. « Il est lié à la vision de mon prochain album, donc j’aimerais que vous l’écoutiez en premier. » Quant à un éventuel concert à Paris, la réponse est sans équivoque : « J’adorerais ! J’espère vous rencontrer avec mon nouvel album. »
Suran. © Suran
Et lorsqu’on lui demande avec quel artiste européen elle aimerait collaborer, Suran répond avec enthousiasme. « Mon préféré ! Justice ! »
En 2021, Suran franchit une nouvelle étape en lançant son propre label, S-Tasy. Un choix mûrement réfléchi. « Je voulais créer ma propre histoire. Je vois S-Tasy comme un monde virtuel où je peux dessiner mon propre univers en tant qu’artiste indépendante. » Cette indépendance représente pour elle une véritable renaissance créative. « C’est comme ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. Créer dans de nouveaux environnements m’aide à découvrir des perspectives inédites, que l’on retrouve dans mes albums. Pouvoir poursuivre ma vision sans limites, c’est ce qui rend cette expérience si précieuse. »
Avant de conclure, Suran adresse un message simple et chaleureux à son public francophone. « Merci beaucoup ! J’ai hâte de vous rencontrer. J’aime Paris ! »
Pour en découvrir plus sur l'artiste, voici
le lien vers la chaîne Youtube de Suran.
Namju aux platines sur la Croisette, à Cannes. © clafoutisnubes
Invité au Midem en janvier dernier, où il a participé à la cérémonie de clôture, programmé en première partie de Jay Park et de son nouveau groupe Lngshot lors de leur première date européenne, Namju franchit aujourd’hui un cap décisif.
Pour celui qui avait autrefois traversé les frontières en simple fan pour assister à un concert de Jay Park, partager désormais la même scène relève d’un accomplissement presque irréel. Dans cet entretien exclusif, il retrace un parcours façonné par l’instinct et un amour inconditionnel pour la musique.
Né à Amsterdam et aujourd’hui basé à Londres, son parcours dans la musique ne relève pas d’un plan de carrière soigneusement calculé. C’était instinctif. Presque inévitable.
Depuis l’enfance, la musique occupe une place centrale dans sa vie. Aucun genre imposé, aucune frontière. Il télécharge tout ce qu’il trouve, collectionne les morceaux, passe des heures seul dans sa chambre à écouter des playlists éclectiques.
Mais le véritable déclic survient lorsqu’il découvre la musique en live. Les concerts et festivals lui révèlent une autre dimension : l’impact physique du son, les basses qui vibrent dans le corps, l’énergie collective d’une foule en mouvement. « J’aimais la musique chez moi », explique-t-il. « Mais quand tu l’entends sur de grosses enceintes, quand ça te percute… c’est une sensation complètement différente. »
Dans ses jeunes années d’adulte, Namju fréquente assidûment les clubs, sans boire, détail important. Son attention est entièrement tournée vers le DJ. Il observe les transitions, analyse les réactions du public, étudie la manière dont l’énergie monte puis redescend. Bien avant de toucher aux platines, il a déjà passé des années à décrypter l’art du DJ depuis le dancefloor.
Le tournant se produit il y a environ six ans, lors d’un séjour à Séoul. Habitué des clubs comme le Soap à Itaewon, il se rapproche progressivement de la scène locale, notamment de l’un des propriétaires du club, devenu aujourd’hui l’un de ses meilleurs amis. Être autorisé à rester près du booth, soir après soir, lui offre une immersion directe dans les coulisses du DJing.
Quand Namju essaie finalement lui-même, tout semble naturel.
La pandémie de Covid-19 accélère les choses. Encouragé par un ami, il commence à streamer des sets en ligne. Ce qui débute de manière informelle prend rapidement de l’ampleur. À la sortie de la pandémie, il organise ses propres événements et commence à jouer aux côtés d’autres DJs.
Il n’y a pas eu de moment solennel où il a décidé de « devenir DJ ». Les choses se sont simplement mises en place. « Je suis un fan avant tout. Avant d’être DJ, avant d’être quoi que ce soit, j’aime juste la musique. »
Une identité à la croisée des cultures
Grandir à Amsterdam puis s’installer à Londres a profondément influencé son identité artistique. Amsterdam, dit-il, est confortable. À taille humaine. Prévisible. Londres, au contraire, est vaste, stimulante, intense, plus proche de l’énergie d’une ville comme Paris. « Si j’ai besoin d’excitation, je vais à Londres. Si j’ai besoin de confort, je retourne à Amsterdam. »
Fils d’immigrés coréens, né aux Pays-Bas, l’identité de Namju est multiple. Même si la musique coréenne n’est pas toujours au centre de ses sets, son héritage reste une composante essentielle de son identité. Ses séjours prolongés à Séoul lui ont permis de se reconnecter à ses racines, à la langue et à la culture. Cette redécouverte personnelle influence naturellement sa sensibilité artistique.
Un style au-delà des genres
Définir le style de Namju ne passe pas tant par les genres que par les sensations. Chez lui, il écoute de tout : hip-hop classique, R&B, influences brésiliennes, sons africains, city pop et touches subtiles d’influences coréennes. Récemment, il s’est plongé dans la disco américaine et les vinyles anciens.
Mais en club, l’intention est claire : il faut que ce soit dansant. Que ça fasse du bien. « Je ne veux pas que ce soit trop agressif, mais je ne veux pas non plus que ce soit tellement abstrait que les gens ne sachent pas comment bouger. »
Après des années passées côté public, il sait exactement ce qui fonctionne sur une piste. Ce qui capte l’attention. Parmi ses inspirations actuelles : la disco des années 70-80, le hip-hop et le R&B classiques, mais aussi des artistes coréens comme NewJeans. Fan de longue date de Jay Park, il suit sa carrière depuis des années.
Par ailleurs, Namju observe que la musique asiatique, et notamment coréenne, gagne progressivement du terrain dans les clubs européens. En effet, son influence se développe grâce aux plateformes de streaming, aux tournées internationales et à la mondialisation de la pop culture.
Un moment charnière : ouvrir pour Jay Park et Lngshot
L’un de ses moments les plus marquants reste sa première partie pour Jay Park et son nouveau groupe Lngshot lors de leur tournée européenne.
Quelques années plus tôt, il avait fait le déplacement d’Amsterdam à Londres simplement pour assister au concert de Jay Park en tant que fan. « Ouvrir pour lui aujourd’hui, c’est fou. On a vraiment l’impression que la boucle est bouclée. »
Namju avait prévu un set progressif, montant en puissance. Mais dès son entrée sur scène, la salle explose. « J’ai dû changer le plan immédiatement. Impossible de commencer doucement. Il fallait envoyer directement. »
Même dans une salle initialement assise, le public s’est levé presque instantanément, transformant l’ambiance. L’enthousiasme du public français l’a particulièrement marqué, une intensité souvent soulignée par les artistes coréens en tournée européenne.
Tout ce qu’il a joué a été accueilli avec ferveur. Le moment avait quelque chose « d’irréel ». En découvrant Lngshot depuis les coulisses, il est également devenu instantanément fan de leur musique.
Namju sur scène au Grand Auditorium du Palais des Festivals pour la clôture du Midem à Cannes, en première partie de Jay Park et Lngshot. © clafoutisnubes
Et maintenant ? Contrairement à beaucoup de DJs, la production musicale n’est pas sa priorité immédiate. « Je suis plus fan que producteur. Je veux surtout partager la musique que j’aime avec des oreilles curieuses. » Pour autant, la suite s’annonce prometteuse : dates internationales, nouvelles collaborations, visibilité accrue depuis le concert de Jay Park et le Midem, retours enthousiastes en ligne. Son parcours démontre une chose essentielle : l’authenticité touche.
Ce qui a commencé dans une chambre d’adolescent à télécharger des morceaux est devenu, naturellement et progressivement, en une véritable carrière artistique. Mais au fond, rien n’a changé. Toujours le même moteur : l’amour pur de la musique et l’envie simple de faire danser les gens.
Pour suivre son actualité et découvrir son univers, retrouvez Namju sur Instagram : @namju.n.
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