Par Alexia Ponsonnet
Les Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026 ont officiellement été lancés le 6 mars. Au programme : dix jours de compétition placés sous le signe du dépassement de soi et de la résilience face au handicap. La délégation coréenne compte 20 athlètes, 14 hommes et 6 femmes, engagés en ski alpin, biathlon, ski de fond, snowboard et curling fauteuil.
L’objectif annoncé par le Comité paralympique coréen reste prudent (deux médailles seulement), mais cohérent par rapport aux précédentes éditions. Le nombre de médailles remportées par la Corée lors de tous les Jeux paralympiques d’hiver ne s'élève qu'à cinq : une en or (para ski de fond), deux en argent (para ski alpin et curling fauteuil) et deux en bronze (para ski de fond et para hockey sur glace).
Cette édition 2026 est donc exceptionnelle. La délégation repart avec sept médailles, dont cinq décrochées par Kim Yunji, véritable héroïne de ces Jeux. J’ai tout suivi et je vous raconte.
Kim Yunji, quintuple médaillée
8 mars — para biathlon individuel assis — médaille d’or
L’épreuve de para biathlon individuel assis débute à 10h. Je suis devant mon écran, prête à soutenir Kim Yunji sur les 12,5 km de course. À 19 ans, c’est un espoir de la délégation coréenne. Élue meilleure athlète en hiver (ski nordique) et en été (natation), elle a même été choisie comme porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture.
Kim Yunji souffre d’une myéloméningocèle et son handicap est classé LW10.5, c’est-à-dire qu’il touche ses membres inférieurs et fait partie des plus lourds. Elle n’a pas de sensibilité dans les jambes mais peut contrôler l’équilibre du haut de son corps grâce à une maîtrise relative de ses abdominaux. Elle se déplace à l’aide d’une luge composée d’un siège fixé sur une paire de skis de fond. Comme pour toutes les épreuves chronométrées paralympiques, un coefficient est appliqué selon la gravité du handicap. Plus celui-ci est léger, plus le facteur se rapproche de 1 et donc du temps réel. Celui de Kim Yunji est de 0,87.
Kim Yunji s’élance. Elle passe première dès le départ de course, impeccable. Lorsqu’elle atteint le deuxième pas de tir, elle a 37 secondes d’avance. Malheureusement, deux erreurs la rétrogradent à la 5e place, avec plus d’une minute de retard. Pourra-t-elle l’emporter malgré ces fautes ? Elle s’accroche et ne lâche rien. Elle remonte en 3e position et, à l’approche du quatrième et dernier tir, elle n’accuse plus que 30 secondes de retard. Grâce à une visée parfaite, elle ressort en tête. C’est la plus rapide sur les skis et la plus efficace en tir : elle franchit la ligne d’arrivée en premier, en 38 minutes (temps pondéré).
Son sourire en dit long, fidèle à son surnom, Smiley. Elle devient la première Coréenne à remporter un titre en individuel lors des Jeux paralympiques d’hiver. C’est également la seconde médaille d’or paralympique hivernale de l’histoire du pays, après Shin Eui Hyun en para ski de fond en 2018 à Pyeongchang.
Kim Yunji aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina, le 8 mars 2026. © Comité paralympique coréen
10 mars — para ski de fond sprint assis — médaille d'argent
Deux jours plus tard, Smiley est de nouveau sur la piste enneigée de Tesero, cette fois pour du ski de fond. Le sprint porte bien son nom : les athlètes parcourent un circuit d’un peu plus d’un kilomètre en environ trois minutes à trois minutes trente. L’épreuve se déroule en trois étapes : les qualifications, où seules les 12 meilleures skieuses continuent la compétition, les demi-finales, où les trois plus rapides de chacune des deux courses sont qualifiées, et la finale.
Dès 9h45, Kim Yunji se classe 2e des qualifications. Sa compatriote Han Seunghee termine 6e mais échoue ensuite en demi-finale. Quant à Kim Yunji, elle s’élance à 12h20 pour la demi-finale 2. Elle bataille avec une athlète brésilienne avant de prendre l’avantage et se qualifier avec le meilleur chronomètre.
La finale débute une heure plus tard. Kim Yunji est la plus jeune mais la victoire est à portée de main. Les skieuses partent avec des temps différents correspondant à leur coefficient de handicap. La Coréenne s’élance en seconde position, avec deux secondes de retard sur la première. Ces deux secondes sont vite englouties et Kim Yunji prend la tête presque immédiatement. Dans la dernière montée, particulièrement exigeante, elle est toutefois rattrapée par l’Américaine Oksana Masters. Mais c’est avec un sourire immense sur le visage qu’elle passe la ligne d’arrivée et empoche sa deuxième médaille, en argent cette fois.
11 mars — para ski de fond 10 km assis — médaille d’argent
Pas le temps de se reposer : dès le lendemain, on retrouve la championne sur son ski assis, prête à en découdre pour l’épreuve du 10 km. Après ses deux premières médailles, je suis convaincue que l’adage « jamais deux sans trois » va se vérifier.
Avec le dossard 18, elle s’élance et occupe la première place aux intermédiaires de 1,6 km, 2,5 km, puis 4,1 km. Elle se fait dépasser juste avant la mi-course par Oksana Masters, décidément très en forme aussi pour ces Jeux.
Les commentateurs rappellent alors une réalité de ces épreuves : plus le handicap est lourd, plus la fatigue arrive vite, car les muscles sollicités sont moins nombreux. L’effort repose presque entièrement sur les bras et les épaules. C’est très impressionnant à voir. De plus, les concurrentes n’ont que peu de répit, leur position assise ne leur permettant pas d’accumuler beaucoup de vitesse dans les descentes.
Effectivement, le rythme de Kim Yunji ralentit. Elle accuse trois secondes de retard à 6,6 km puis neuf secondes à 7,5 km. La caméra se focalise sur l’athlète en tête et je retiens mon souffle quand un nouveau plan montre la Coréenne à terre. Sa luge s’est renversée ! Par chance, elle n’a pas besoin d’aide pour se relever et repart aussitôt. Cet effort coupé lui coûte de l’énergie mais elle se bat et limite les dégâts. Avec 16 secondes de retard à 9,1 km, elle finit avec en grimaçant. On sent qu’elle donne tout alors qu’elle termine 20 secondes après la première mais avec 36 secondes d’avance sur la troisième.
Cette médaille d’argent établit un nouveau record : Kim Yunji devient la Coréenne la plus titrée de l’histoire aux Jeux paralympiques d’hiver. Et elle ne s’arrête pas là !
Kim Yunji en para ski de fond lors des Jeux paralympiques de Milan-Cortina. © Comité paralympique coréen
13 mars — para biathlon sprint poursuite assis — médaille d’argent
Le vendredi 13 mars marque le retour du para biathlon avec l’épreuve du sprint poursuite. Les athlètes font une première phase de qualification dont le classement détermine ensuite l’ordre de départ de la finale ainsi que les écarts chronométriques, ajustés grâce au coefficient de handicap.
Kim Yunji termine deuxième, pénalisée par une erreur au tir. Grâce à son coefficient de handicap, elle part néanmoins première de la finale, toutes les autres concurrentes se lançant à sa poursuite. Son seul objectif : ne pas se faire rattraper. Elle réussit un sans-faute en ski puis au tir 1. Lors du second passage au tir, je serre les dents quand Kim Yunji manque ses deux premières cibles. Elle retombe à la deuxième place et finit la course en 11 minutes 41 secondes, à seulement 8,5 secondes de la gagnante. Malgré tout, une nouvelle fois, son sourire est immense. La voilà quadruple médaillée de ces Jeux.
15 mars — para ski de fond 20 km assis — médaille d’or
Il est 9h00 quand le départ du 20 km est donné, sous une neige abondante. Les athlètes partent toutes les 30 secondes et Kim Yunji s’élance à 9h06. Tout de suite, elle obtient le meilleur temps aux intermédiaires de 1,6 km, 3 km et 4,6 km. Mais l’Américaine Oksana Masters est en embuscade et passe devant à 6 km alors que Kim Yunji a fortement ralenti sur ce secteur. Impossible de savoir ce qui lui a coûté de précieuses secondes. Est-elle tombée ? Est-elle restée coincée derrière une adversaire plus lente ? Les images se concentrent sur le départ de la course masculine au même moment, ce qui me frustre beaucoup.
Dans tous les cas, je visualise déjà une nouvelle médaille d’argent, Oksana Masters semblant intouchable. Mais je sous-estime Kim Yunji. Remontée à bloc après s’être fait dépasser, elle se remobilise et retrouve de la vitesse. De 4 secondes de retard à 6 km, elle revient à 1,3 seconde à 7,6 km et reprend la tête à mi-course. Je n’en crois pas mes yeux : au lieu de ralentir au fil des kilomètres comme on pourrait s’y attendre, elle accélère sans répit. L’avance sur ses concurrentes grossit : de 6 secondes à 12 km à 47 secondes à 18 km. Sauf incident, l'or lui tend les bras.
Après une heure et sept minutes d’effort, elle franchit la ligne d’arrivée. Son temps final, ajusté au coefficient de son handicap, est de 58 minutes et 23 secondes. Pourtant, elle n’a même pas l’air fatiguée, sans doute galvanisée par son exploit. Elle pose avec le V de la victoire, tandis qu’un drapeau coréen est déployé derrière elle, sous les acclamations des supporters coréens.
Elle avait ouvert le compteur avec une médaille d’or le 8 mars. Elle clôt la compétition avec un autre titre le 15. À elle seule, elle remporte autant de médailles que toutes les délégations coréennes participantes aux Jeux. Elle devient également l’athlète coréenne ayant décroché le plus de médailles lors d’une unique édition des Jeux, été comme hiver, olympiques comme paralympiques. Quelle championne ! On la retrouvera sans doute en 2030, et peut-être aussi pour les Jeux d’été en 2028, en natation cette fois.
Kim Yunji pour sa victoire en para ski de fond, le 15 mars 2026. © Comité paralympique coréen
Lee Jehyuk — para snowboard cross SB-LL2 — médaille de bronze
Retour au 8 mars, sur l’épreuve masculine de para snowboard cross, dans la catégorie SB-LL2 ouverte aux athlètes avec un handicap léger à une ou deux jambes. On y retrouve Lee Jehyuk, 28 ans, qui dispute ses deuxièmes Jeux d’hiver après ceux de Pékin en 2022. Il avait alors terminé 9e de cette épreuve et, en 2026, rien ne laissait présager une place sur le podium.
Après avoir fini 6e des qualifications, il concourt en quart de finale, notamment face au Chinois Sun Qi, troisième des qualifications et quatrième aux Jeux 2022. Lee Jehyuk débute la course en tête grâce au meilleur temps de réaction au départ. Il dévale la piste, négocie proprement ses virages. Le Chinois le talonne sans parvenir à le rattraper. Lee Jehyuk termine premier avec 0,19 seconde d’avance. « On ne l’attendait pas aussi haut, il a créé la surprise », s’étonne le commentateur.
Quelques minutes plus tard, le snowboardeur coréen s’élance pour sa demi-finale, face à trois adversaires, dont Sun Qi et l’Australien Ben Tudhope, médaillé de bronze en 2022. Pour accéder à la finale, il faut finir dans les deux premiers. Encore une fois, Lee Jehyuk réalise le meilleur départ mais il se fait vite dépasser et se retrouve en troisième position. Peu de spectateurs le pensent capable de revenir. Pourtant, il profite d’une trajectoire audacieuse et d’un déséquilibre du Chinois pour le doubler. Contre toute attente, il obtient sa place pour la finale.
Celle-ci a lieu un peu plus tard dans la journée. Lee Jehyuk démarre cette fois en queue de peloton mais ne s’avoue pas vaincu. Il s’accroche, reste au contact de ses adversaires, rattrape le troisième. Dans un virage serré, il parvient à le dépasser. Son rival chute et Lee Jehyuk réussit par miracle à ne pas tomber avec lui. Il franchit la ligne les bras levés, avant de donner un coup de poing victorieux dans les airs. Il remporte le bronze, la toute première médaille coréenne en para snowboard.
Lee Jehyuk aux Jeux paralympiques, le 8 mars 2026. © Comité paralympique coréen et compte Instagram de Lee Jehyuk (@now_hyuk_g)
Baek Hyejin & Lee Yongsuk — curling fauteuil en double mixte — médaille d’argent
Pour la première fois de l’histoire, le curling fauteuil en double mixte est inscrit au programme paralympique. Chaque match se déroule en huit jeux au cours desquels dix pierres sont tirées en alternance, soient cinq par équipe. Dans cette version en fauteuil roulant, les fameux balais, qui permettent de guider les pierres après leur lancer, ne sont utilisés que pour pointer l'endroit où viser. Ils n'entrent jamais en contact avec la glace et ne sont d'aucune utilité lorsque les pierres sont en mouvement. Les trajectoires de celles-ci reposent donc uniquement sur la précision des athlètes.
Le tournoi débute le 4 mars, avant la cérémonie d’ouverture. Les huit pays engagés s’affrontent tous dans une phase de poule disputée sur six jours. Pour la Corée, Baek Hyejin, 42 ans, et Lee Yongsuk, 41 ans, remportent quatre matchs. Ils ont marqué 58 points au total, contre 26 points encaissés. C’est le duo qui concède le moins de points durant cette phase. Ils se classent ainsi parmi les quatre meilleures équipes du tournoi et se qualifient pour les phases finales.
Les résultats de la phase de poule du tournoi paralympique 2026. Le score à gauche correspond aux points marqués par la Corée. Les parties perdues sont en rouge tandis que les parties gagnées sont en vert.
Les rencontres sont diffusées par France TV sans aucun commentaire. L’avantage, c’est qu’il est facile d’entendre les encouragements du public. Une trentaine de supporters coréens sont dans les tribunes et crient « Daehanminguk » (nom officiel de la Corée) en tapant dans leurs mains, ou encore « Fighting ! ». En revanche, cela m’oblige à faire les commentaires moi-même. Sans personne pour me contredire, je m’enthousiasme ou m’agace comme si je faisais partie du staff.
La demi-finale prend place le mardi 10 mars. La Corée affronte les États-Unis, qu’elle a déjà battus 10-1 lors de la phase de poule. La différence culturelle entre les deux équipes est saisissante. Les Américains parlent fort et occupent l’espace tandis que les Coréens échangent calmement et s’encouragent avec bienveillance. Ils semblent se connaître par cœur. Au cours du match, certains jeux sont tendus mais la Corée s’impose 6 à 3. Baek Hyejin et Lee Yongsuk saluent leur public et les caméras avec de grands sourires, prennent la pose en faisant des cœurs avec leurs mains.
Baek Hyejin et Lee Yongsuk lors de leur demi-finale de curling fauteuil, le 10 mars 2026. © Comité paralympique coréen
La finale a lieu dès le lendemain, le 11 mars, face à la Chine, leader du tournoi avec une seule défaite au compteur. Lors de leur confrontation pendant la phase de poule, la Chine a gagné 10 à 6 et la confiance de ce duo ne fait aucun doute. Pour ma part, je crois à une surprise coréenne. Le début du match est pourtant difficile. À la mi-temps, le score est de 5 à 2 en faveur de la Chine. En revanche, la précision des équipes est presque identique : 64 % pour la Corée et 63 % pour la Chine. Tout reste donc possible.
Après six jeux, la Chine mène toujours 7 à 3. Il faut recoller au score. Alors, à la fin du septième jeu, Baek Hyejin se concentre et lance une ultime pierre parfaite. Elle permet à son duo de marquer trois points d’un coup et l’écart se réduit. Ainsi, l’objectif du dernier jeu est clair : empocher deux points pour passer devant la Chine et l’emporter. Je retiens mon souffle alors que la fin de la partie se dessine. Tour à tour, les équipes utilisent leur temps mort pour discuter de la stratégie à adopter. Trois pierres sont au centre de la cible, deux coréennes et une chinoise. Elles sont si proches qu’il est difficile de savoir qui domine. C’est finalement Lee Yongsuk qui disperse le tas de pierres et permet à la Corée de marquer un point. Le score passe à 7-7 et les athlètes se préparent à faire une manche supplémentaire pour se départager.
Les enjeux sont énormes et les duos dégagent les pierres de leurs adversaires les unes après les autres. Mais les Coréens ont l’inconvénient d’avoir gagné le jeu précédent et ainsi d’avoir laissé le marteau (le dernier lancer de la partie, souvent décisif) aux Chinois. Quand Baek Hyejin s’apprête à lancer la dernière pierre coréenne, la Chine a l’avantage. L’athlète coréenne tente le tout pour le tout mais ne réussit pas à se rapprocher du centre. Le duo chinois n’a même pas besoin de conclure.
La Corée décroche donc la médaille d’argent à l’issue de ce match extrêmement serré. Après quelques secondes de déception, Baek Hyejin et Lee Yongsuk retrouvent vite le sourire et se félicitent, un drapeau national dans les mains.
Baek Hyejin (à droite) et Lee Yongsuk (à gauche) lors de la finale de curling fauteuil, le 11 mars 2026. © Comité paralympique coréen
Une édition d'anthologie
La Corée termine donc cette édition des Jeux paralympiques avec sept médailles au compteur, dont deux en or, grâce à quatre champions : Kim Yunji et Lee Yongsuk qui ont porté le drapeau lors de la cérémonie d'ouverture, et Baek Hyejin et Lee Jehyuk qui l'ont porté lors de la cérémonie de clôture. La délégation figure ainsi à la onzième place du tableau des médailles. C’est une performance que personne n’attendait, ce qui la rend encore plus impressionnante. J'espère qu'elle saura inspirer d'autres sportifs porteurs de handicaps et que les prochaines éditions seront tout aussi spectaculaires. Rendez-vous en 2030 dans les Alpes françaises pour avoir la réponse.
Au-delà des résultats, les Jeux paralympiques sont une véritable leçon de vie. Les sourires, la résilience et le courage de tous les athlètes forcent l’admiration. Chaque épreuve est une victoire, la preuve que le handicap n’empêche pas de se dépasser ni d’accomplir de grandes choses. Merci à tous les athlètes et à leurs équipes pour toutes les émotions partagées sur les pistes de Milan-Cortina.
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