Par Nathalie Fisz
Min-jee Valcz en tenue traditionnelle hanbok devant ses tableaux. © Min-jee Valcz
En 2026, année de célébration des 140 ans des relations diplomatiques entre la Corée et la France, des événements se succéderont dans les deux pays. Si artistes et personnalités rivaliseront de créativité et de talent, certaines personnes se distinguent avec une évidence déconcertante. C’est le cas d’une jeune femme coréenne qui rêvait de la France, et se nomme Min-jee Valcz.
En 2022, mon amie journaliste de Korea.net Marine Caspar me présentait ses amis français et coréens dont Min-jee, présidente de l’Association PariSeoul78. Nous avons sympathisé et sommes allés au Centre culturel coréen voir ses expositions.
Min-jee est arrivée en France en 2017 et s’intéresse à notre pays depuis longtemps. Certains connaissent ses superbes peintures, signées au nom d’
Alice Illuminatrice. Je savais qu’elle avait été également médiatrice culturelle au Centre culturel coréen et guide conférencière au Musée des Impressionnismes Giverny. Ses talents ne s’arrêtent pas là.
Elle a un riche parcours professionnel et une connaissance de notre culture et de notre histoire digne de spécialistes en restant d’une grande modestie. Min-jee aime partager la culture coréenne et peut vous raconter l’histoire de Kongjwi et Patjwi un conte comme Cendrillon, ou vous faire visiter la Maison Vacquerie-Musée Victor Hugo, en Seine-Maritime.
Min-jee est à mes yeux, une ambassadrice de tout premier plan des 140 ans d’amitié entre la France et la Corée.
Un parcours prédestiné
Min-jee a sans doute un parcours prédestiné, dont la première raison lui vient de son prénom. Min signifierait « pierre de jade » et Jee « illumine le monde depuis un lac ». Elle voit le jour en 1989 à Séoul et y fait sa scolarité. Au collège, elle hésite un temps entre un lycée d’art ou de de langues étrangères.
Elle réussit le concours du lycée des langues étrangères d’Ewha à Séoul, très prestigieux. La spécialité de Min-jee est le français. Plus petite, elle aimait beaucoup la mode et lisait souvent le magazine Elle, qu’elle a toujours voulu lire en version originale.
Min-jee arrive en France à l’été 2017. L’une des premières raisons qui motive son choix est son amour des musées et des expositions, une passion qu’elle cultive toujours regrettant que trop peu de personnes se rendent aux musées. Elle vit d’abord en région parisienne, puis s'installe en Normandie en 2023.
Une solide formation
Élève d'Ewha de 2005 à 2008, elle obtient un diplôme équivalent à notre baccalauréat avec spécialité français. Elle est titulaire d’une licence en information, médias et communication de l’Université féminine Sungshin à Séoul, où elle étudie de 2009 à 2014. En France, elle intègre l’Ecole internationale de la Culture et du marché de l’Art (IESA) de 2019 à 2022, où elle obtient son Master 2 Administratrice des projets culturels. Son bagage universitaire solide lui donne une légitimité pour travailler dans son domaine de prédilection en France. L’un de ses objectifs est également de partager la culture coréenne auprès du public français.
Une ambassadrice de la culture coréenne
En 2018, elle intègre l’Association des Amitiés Asiatiques, établissement libre d’enseignement supérieur à Paris, comme Chargée de communication et marketing et développe des actions de communication liées à la Corée.
En 2020, elle effectue un stage au Musée Cernuschi à Paris où elle est chargée de la conservation et médiation des collections asiatiques, et de la recherche d'œuvres d'art coréennes dans le monde et d'artistes contemporains coréens. Elle rappelle qu’Henri Cernuschi, homme d’affaires italien, n'a pas pu se rendre en Corée de son vivant. Min-jee est fière de son stage et que plusieurs œuvres de Lee Ungno y soient exposées.
En 2018, Min-jee rencontre Sylvie Labat fondatrice de l'Association PariSéoul78, à Montigny-le-Bretonneux, qui a pour vocation de promouvoir la culture coréenne dans le département des Yvelines. Elle rejoint l’association et ressent la nécessité de bien informer le public français sur la Corée, avant d’en devenir la présidente en 2021. Min-jee Valcz, née Kim, y rencontre son mari qui est Français.
De septembre 2021 à août 2023, Min-jee est responsable de l'organisation des événements liés à la Corée au sein du Peaceful Unification Advisory Council (PUAC). En 2022, le PUAC organise l'exposition « Pour toujours dans nos mémoires », consacrée aux vétérans français de la guerre de Corée. Elle fait partie du projet et réalise une interview du vétéran André Datcharry et écrit les textes pour les affiches et flyers de l'exposition.
De novembre 2019 à septembre 2022 Min-jee est médiatrice culturelle au Centre Culturel Coréen. Elle est chargée de l’accueil du public, d’organiser des visites guidées et des ateliers.
Min-jee nous guide à l'Abbaye de Saint-Georges à Saint-Martin-de-Boscherville en Normandie. © Min-jee Valc
Une ambassadrice de la culture française
En 2023, Min-jee est guide conférencière au Musée des impressionnismes de Giverny, célèbre grâce à Claude Monet (1840-1926), l’un des fondateurs de l'impressionnisme. Depuis mai 2024, elle est guide conférencière vacataire aux Monuments du département de la Seine-Maritime en région Normandie. Elle peut accompagner des visiteurs au château de Martainville, demeure de la fin du XVe siècle sur le territoire de la commune française de Martainville-Épreville, qui abrite le musée des Traditions et Arts Normands,
Elle connaît bien la Maison Vacquerie-Musée Victor Hugo à Villequier. Ce musée a été installé en 1959 dans l’ancienne résidence secondaire de l’armateur Isidore Vacquerie. Charles, un de ses fils, s’était marié à Léopoldine, fille aînée de l'écrivain. Le musée présente le cadre de vie des Hugo-Vacquerie.
Min-jee peut vous emmener au jardin de l’Abbaye Saint-Georges recréé à partir de documents du XVIIe siècle. Ce type de jardin, dit « à la française » offre une vue exceptionnelle sur la vallée de la Seine et ses marais.
« C'était magnifique de travailler dans un de mes musées favoris au printemps, c’est la meilleure saison à Giverny. À proximité, il y a la fondation de Monet avec ses fameux jardins au pont japonais. Moi, j'insiste sur le fait que cela aurait été le Jardin à la coréenne si Claude Monet avait pu voir les lacs des palais royaux coréens à Séoul et aussi la forteresse de Hwaseong à Suwon. J'envisage de peindre dans cette hypothèse », dit-elle à propos de Giverny.
Min-jee au Musée Victor Hugo - Maison Vacquerie de Rives-en-Seine. © Min-jee Valcz
Son univers artistique
Min-jee aime peindre depuis l’enfance et a remporté quelques prix à des concours à l'école. Pendant la pandémie de COVID-19, les musées étaient fermés mais le Salon annuel des artistes Arcisiens de Bois d’Arcy, dans les Yvelines, a été maintenu. Elle a ainsi repris les pinceaux, et s’est sentie encouragée à peindre les histoires de la Corée.
Ses tableaux depuis 2020
Marine Caspar a consacré un article à Min-jee l'artiste,
publié en 2020 sur Korea.net.
Min-jee s’est inspirée de contes traditionnels, légendes, de Pansori et de romans coréens, dont la légende du « Bouvier et la Tisserande », où Min-jee a peint un couple amoureux qui se retrouve sur un pont de pies et corbeaux aux dos duveteux. Ils traversent la voie lactée le septième jour du septième mois du calendrier lunaire pour se réunir. Ce jour se nomme Chilseok.
Un autre de ses tableaux se nomme « Le coup de foudre à la première rencontre », d’après le roman et pansori « Le chant de la fidèle Chunhyang ». Min-jee a peint la scène de la première rencontre entre Chunhyang, fille d’une courtisane et Mongryong, un jeune aristocrate.
Les tableaux de Min-jee inspirés du conte « Sœur Soleil et Frère Lune ». © Min-jee Valcz
Le conte « Sœur Soleil et Frère Lune » présente l’histoire d’une mère qui déjoue les stratagèmes d’un tigre grâce à ses enfants. Min-jee a peint huit peintures inspirées de ce conte.
Parmi ces huit peintures figure « Maman travaille au Mariage traditionnel » : elle a revisité cette scène du conte pour présenter différents aspects de la culture coréenne (tenues de mariés, aliments et fleurs sur la table, lavage de main, grande table décorative).
Elle fait figurer le paravent Irworobongdom ce tableau du soleil, de la lune et des cinq pics derrière le trône des rois de Joseon.
Des chefs-d'œuvre coréens et français revisités
« Dame au geomungo ». © Min-jee Valcz
- Dame au Geomungo (acrylique de 2022), d’après « La guitariste » du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir, tableau qui célèbre la beauté et la musique, réalisé en 1897. Elle m’a expliqué que le geomungo était fabriqué au IVe siècle par Wangsanak dans la dynastie Goguryeo. On raconte qu'un jour, alors qu'il en jouait, une grue vint danser au rythme de la musique.
- Tigre et pie (acrylique de 2022). Elle a peint selon la peinture traditionnelle coréenne populaire Minhwa HojakDo. Le tigre chasse les mauvais esprits et la pie apporte les bonnes nouvelles.
- Dame à la balançoire (acrylique de 2022). Min-jee a revisité deux toiles remarquables qui sont « Les Hasards heureux de l'escarpolette » de Jean-Honoré Fragonard et « La balançoire », tableau du peintre impressionniste Auguste Renoir en 1876.
Elle participe à la fête de la Saint-Gilles à Bois d’Arcy trois années de suite. En 2021, lors du vernissage d’une exposition du 8 au 14 septembre, elle est félicitée par M. le Maire et se marie le samedi 18 septembre suivant l’exposition, dans la même salle.
« Dame à la balançoire ». © Min-jee Valcz
En Normandie, le destin lui sourit
Min-jee déménage à Saint-Léger-du-Bourg-Denis en mai 2024. Lors d'une commémoration consacrée à la seconde guerre mondiale, elle rencontre la maire Sophie Boucquiaux et obtient un rendez-vous avec le directeur général de la Ville. Lors de ce rendez-vous elle montre ses peintures du conte « Sœur Soleil et Frère Lune » et à la maire du bourg ainsi qu’aux élus. Elle a tenu un stand au marché de Noël et anime un atelier de calligraphie coréenne lors d’une fête de ville.
En 2025, Saint-Léger-du-Bourg-Denis fêtait les 20 ans de sa médiathèque, et Min-jee est choisie pour peindre une fresque. Elle peint trois murs sur l’histoire du conte « Sœur Soleil et Frère Lune » dans l’espace enfants, avec des couleurs claires et joyeuses. Sa fresque est pour elle une expérience inoubliable.
En même temps que son poste aux Monuments du département de la Seine-Maritime, Min-jee lance son auto-entreprise, Alice Illuminatrice, qui propose l’enseignement du coréen, les animations d’ateliers, les visites guidées et les illustrations. Alice Illuminatrice fait référence à son prénom et également au conte Alice au pays des Merveilles, du romancier britannique Lewis Carroll, une rêveuse comme Min-jee.
Min-jee associe dans son travail artistique des éléments de la culture coréenne et de la culture française, notamment avec le projet des « 12 animaux du zodiaque », où elle peint un couple de serpents normands en vêtement traditionnel coréen sur le paysage de Irworobongdo, pour l’année du serpent, en 2024.
Pour une exposition en juillet 2025, elle peint sur le conte « Kongjwi Patjwi », ainsi que sur Jeanne d'Arc et Yu Gwan-sun, militante indépendantiste contre le joug japonais au début des annés 1900.
Min-jee travaille sur divers projets en 2026, dont la création d’illustrations style Escape Game ou Quiz du conte « Sœur Soleil et Frère Lune ». Dans la médiathèque Jean-René Rouzé, elle a également proposé des quiz et des ateliers et souhaite organiser une conférence sur Jeanne d'Arc et Yu Gwan-sun lors des Fêtes de Jeanne d'Arc, à Rouen, en mai prochain.
Pour cette année du cheval, elle peint un tableau représentant un Cob normand, une race de chevaux carrossiers, devant la porte Hwahongmun de la forteresse de Hwaseong, construite par le Roi Jeongjo pour le 60e anniversaire de sa mère et apparue dans le drama Lovely Runner. De nombreux projets sont soumis aux résultats des élections municipales, mais rien ne pourra empêcher Min-jee de créer, et comme Alice de rêver.
La fresque de Min-jee à la médiathèque Jean-René-Rouzé de Saint-Léger-du-Bourg-Denis. © Min-jee Valcz
Quelques mots encore
C'est ainsi qu'après Marine, je suis allée à la rencontre de Min-jee. A l'heure où je terminais cet article, nous nous étions donné rendez-vous au Musée Jacquemart-André à Paris, car Min-jee voulait voir l'exposition consacrée au peintre français Georges De La Tour. Min-jee aime nous partager la culture coréenne et réussit l'exploit de nous faire redécouvrir la culture de notre pays, la France.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.
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